La mort, c'est ma vie!

  
Au début du mois de janvier 2008, une quarantaine de sans-papiers ont investi un bâtiment de la Communauté française, rue royale, à Bruxelles.
     
Ils sont aujourd'hui 150 sans-papiers. Une vraie tour de Babel: Equatoriens, Marocains, Mauritaniens, Sénégalais, Congolais, Kurdes, Egyptiens.... 
     
Des matelas de fortune envahissent les anciens bureaux vides depuis 5 ans.
     
La majorité d'entre eux entament  une grêve de la faim qu'ils sont déterminés à mener au finish.
     
Quasi tous vivent en Belgique depuis des années. Ils ont décidé de sortir de l'anonymat et de passer à l'action pour en finir avec leurs conditions de vie précaires: du travail en noir payé de 3 à 5 euros de l'heure, un audis comme logement et toujours la peur de se faire arrêter... 
     
La ministre-présidente de la Communauté française, Marie Arena leur offre le gîte, l'eau et 1000 litres de mazout. Ce geste émanant d'une responsable politique est inédit en Belgique.
     
La Belgique vient d'être condamnée, pour la troisième fois en six ans, par la Cour européenne de justice, dans un dossier d'expulsion, pour traitements inhumains et dégradants. 
     
Le batîment est insalubre. Les plafonds s'écaillent et menacent de s'effondrer.
     
Le ministre de l'intérieur, Patrick Dewael, fait toujours la sourde oreille aux demandes des sans-papiers. Ceux-ci avaient déjà observé une grêve de la faim symbolique de 48 heures, à la mi-novembre. En vain.
     
En octobre, une trentaine d'Afghans, de Marocains et d'Algériens ont mené une action similaire. Après cinquante jours de grêve de la faim, le ministre avait cédé. Les Afghans ont obtenus de l'Office des étrangers une carte blanche: un titre de séjour d'un an, renouvelable. Les autres se sont vus remettre une carte orange, soit un titre de séjour provisoire de quelques mois pour raisons de santé. 
     
Cette "victoire" a donné des idées à d'autres, à commencer par ceux de la rue Royale.
     
     
"l'arme de la grêve de la faim n'est pas une méthode que j'approuve , avoue l'avocat des sans-papiers , Alexis Deswaef. Mais je peux comprendre ceux qui l'utilisent tant ils sont fatigués du silence du ministre de l'intérieur."
     
Couchées sur des matelas posés à même le sol, les femmes turques d'origine kurde entament déjà leur deuxième semaine de grêve de la faim.
     
Mohamed dans une des nombreuses pièces du bâtiment.
     
Céline Verbrouck fait partie de la quinzaine d'avocats volontaires provenant de cabinets spécialisés dans le droit des étrangers. "Je défends trois personnes pour lesquelles j'ai demandé l'aide juridique gratuite, explique-t-elle. Je ne serai indemnisée qu'en bout de procédure. La plupart de mes heures ne sont pas rétribuées. Mais pour moi, c'est un acte de militantisme." 
     
"Régularisation ou mort", le message de ces sans-papiers équatoriennes est clair. 
     
Mohamed au quarantième jour de la grêve de la faim. Le silence qui règne dans la pièce est presque funèbre. 
     
Une vingtaine de médecins bénévoles s'affairent chaque jour au chevet des grévistes de la faim. 
     
Au rez-de-chaussée, un médecin ausculte un ressortissant maghrébin, visiblement affaibli. Il le pèse et prend sa tension. "Il faut continuer à boire beaucoup d'eau avec un peu de sel et prendre des vitamines!" conseille-t-il avec fermeté. 
     
On compte cinq à six hospitalisations par jour. En général, celles-ci ne durent que quelques heures. 
     
Sur les murs, un portrait de Gandhi, des graffitis, un mot de soutien du chanteur Renaud et des phrases de désespoir.
     
La balance voyage à chaque étage. Le nombre important des grévistes de la faim est inédit: 130 grévistes de la faim sur les 160 sans-papiers présents dans le bâtiment.
     
"Les reins trinquent beaucoup lors d'une grêve de la faim rapporte le médecin." 
     
Güley (43 ans) a perdu dix kilos depuis le début de son jeûne, le 1er janvier.Couchée sur un matelas posé à même le sol, la femme turque d'origine kurde parle tout doucement. "Le plus dur, dit-elle,c'est le mal la tête et le long des tempes." Ses deux grands enfants, avec qui elle vit seule, demeurent au centre d'accueil pour réfugiés de Florennes. 
     
Sur le mur, un graffiti "la mort, c'est ma vie"